Le blog du lendemain

31/10/2013

La nostalgie de l’avenir

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 00:04

Avant de partir pour la guerre, le soldat américain ignorait-il qu’il ne reverrait pas la femme qu’il aimait ou, du moins, que leur histoire se terminerait avec ce départ? Il avait un avenir, son amour avec elle, dont il ne gardera plus que la nostalgie. Le cinéma raconte encore cette déception, car lui-même tend à se projeter à l’époque où l’on croyait encore en de meilleurs temps futurs, le lendemain de la seconde guerre mondiale. Cet art, noyé dans la masse des superproductions en déclin, a gardé le lien avec la veine contemplative des chefs d’oeuvre du passé. Jusque dans la dissonance, sa bande-son fait rêver quand elle se noie dans la lumière floue absorbant l’horizon pendant la traversée de l’Océan. L’alcool, certains l’imagineront, d’autres le boiront en regardant le film. Puis, à mesure que s’impose, face à l’individu endurci et indiscipliné une fois sorti des rangs militaires, la figure du gourou caractériel en prise avec ses propres incohérences, deux rythmes s’affrontent. Le premier se trahit à travers les gestes saccadés du personnage principal, à la fois héros et antihéros. Le deuxième substitue à la discipline martiale une rigueur civile absurde et aliénante, toutefois recherchée car le protagoniste déclassé ressent lui-même le besoin de surmonter les excès de son impulsivité, ses colères incontrôlables, sa violence dramatique, par n’importe quel moyen et non sans humour. Il sait se retenir de pleurer devant un thérapeute qui l’interroge sur ses traumatismes, mais il ne sait pas retenir les coups, il cherche les ennuis et, comme il préfère l’étincelle aux incendies, il s’enfuit face à la riposte, désarmé sans son fusil. Donc il se soigne. Le chef de secte était un ami, qui veut devenir son tuteur et se persuade, au fil du temps, que son entreprise se couronne de succès. L’instant de la publication de ses recherches mystiques correspond à celui où son disciple présumé semble arriver au terme de sa guérison, cognant une dernière fois un adversaire mal inspiré, en guise de chant du cygne, d’adieu aux armes. Puis, il prend une moto et disparaît dans le désert, dans la nature, sous les yeux perdus de son ancienne famille d’accueil, car le directeur de conscience a embrigadé femme et enfants. Quant au déserteur imagé, ce dernier n’a jamais été son fils. Les deux ennemis se revoient une dernière fois en Angleterre. Il n’y a plus de hiérarchie qui tienne dans les rapports personnels. Le travailleur ne sert pas un maître, il fournit un effort contre un salaire, le salaire de la mort différée. Sources: « The Master », film, Paul Thomas Anderson, 2013.

D. H. T.

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26/10/2013

Managers de transition

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 00:01

Nul n’aura du mal à se représenter les difficultés financières inaugurant le troisième millénaire. Elles sont le produit de la décision consciente de certains, et le lot commun de la plupart. Les interrogations qu’elles suscitent au sein du monde de l’entreprise engagent la réflexion à un stade moins évident et moins ressassé du débat. La banalisation même du concept de crise, qui revient comme un leitmotiv ici et ailleurs, au point où le terme mériterait de devenir signe de ponctuation autant que la virgule, cette banalisation amène chercheurs et décideurs à envisager toute situation critique comme un objet de spécialisation entraînant le développement de compétences ad hoc. Les managers de transition seraient à l’entreprenariat en perte de vitesse ce que pompiers et secouristes sont aux immeubles incendiés. La tentation de réinventer le management suit de près l’émergence de ces métiers plus que voués à l’instant car voués à l’instant qui se dérègle, selon tout l’éventail des recettes proposées depuis, tout au plus, quelques décennies: formation externe en phase avec la culture de la boîte, savoir-faire basé sur la demande, professionnalisation accrue de l’utilisation des logiciels bureautiques, synergie des gestions en RH, enseignement par la pratique, géolocalisation des prestations pour gagner du temps avec les transports. La critique, elle, raille plutôt un dispositif de recyclage destiné à occuper les seniors jusqu’à la retraite. Aux jeunes la stabilité relative du management classique, aux anciens l’instabilité absolue du management de transition. Le faux débat tient, comme toujours, au fait que les deux argumentations se complètent plus qu’elles ne s’opposent. Ensemble, elles décrivent une évolution qui ne fait qu’exploiter, en l’amplifiant, l’essence même de toute activité managériale soit, reformulée, le passage de la planification gestionnaire à l’improvisation dans l’urgence. A l’échelle de la vie en général et du travail en particulier, qu’est-ce qu’improviser? Quel point commun y a-t-il entre un cadre mal à l’aise en train de se débattre, un sportif de l’extrême, un musicien de jazz et un pervers polymorphe freudien? Tous s’attachent, en temps réel, à remplacer le matériau prescrit mais absent par son équivalent le plus proche ou par ce qui, au prix d’un effort d’adaptation plus ou moins important, pourrait faire l’affaire. L’intelligence économique, voilà ce que le management aurait toujours dû incarner face aux excès de son propre académisme. Sources: Informations Entreprise n°150, octobre-décembre 2013, pages 34-47.

D. H. T.

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20/10/2013

L’ère de la grande fragilité

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 22:50

Nassim Taleb, universitaire libanais enseignant à New York, spécialiste de l’aléatoire dans la finance et auteur de la trilogie composée des ouvrages « Le Hasard sauvage », « Le Cygne noir » et « Antifragile », avait alerté l’opinion sur la probabilité de la crise des subprimes en 2007. Nulle magie dans cette clairvoyance, juste une pertinente analyse des risques par rapport à un état des lieux. Parmi les économistes et les managers, les tenants de la doxa se sont trompés, sauf si leurs intentions visaient précisément à enrichir les grands gagnants de la crise, c’est à dire les banquiers. La stratégie aurait alors parfaitement fonctionné. Dans un premier temps, on prête massivement aux foyers les plus modestes, incapables de rembourser leurs dettes. Dans un deuxième temps, l’ensemble des contribuables paie les pots cassés. Dans un troisième temps, le recours à la planche à billets entraîne une hausse des prix dans les secteurs de la finance et de l’immobilier, profitant aux plus riches. Voilà qui ressemble à un scénario habilement orchestré. Dès lors, le doute s’insinue de part et d’autre. Doit-on dénoncer une incompétence ou blâmer une escroquerie? La difficulté de la question tient aux éléments qui rendent les deux termes exclusifs l’un de l’autre. Certes il existe des incapables malhonnêtes, mais l’enrichissement vénal au profit d’une minorité d’acteurs atteste, à leur niveau, une indéniable efficience. Question de point de vue. Inaptes à bien gérer le monde alors qu’ils en détiennent le pouvoir, en revanche ils font preuve d’un grand talent une fois ramenés à leur propre portefeuille. Les crises engendrent les crises, ainsi va l’ère de la grande fragilité. Antifragiles, ceux qui se nourrissent de leurs échecs pour devenir plus résistants dans les petites structures, plus réactives, de préférence aux grandes, plus sclérosées. Ainsi l’auteur se réapproprie-t-il l’idée bien connue selon laquelle ce qui ne tue pas rend plus fort, fluctuat nec mergitur. Le confort d’un noyau privilégié ne peut perdurer en s’appuyant sur l’exposition permanente au risque du plus gros de la population. Mais, au fond, la fragilité de l’époque, c’est plus que cela. L’information trop théorique gagne la bonne foi comme la mauvaise. Chaque camp recèle son lot de dupes et autant de vipères agissant de concert. A trop pointer les uns ou les autres, on sert les intérêts de l’ennemi. Sources: L’Expansion n°788, octobre 2013, pages 36-40.

D. H. T.

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10/10/2013

Réactions tardives et diverses

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 21:17

Le monde va de plus en plus vite mais les bonnes mesures arrivent toujours en retard, encore freinées par l’incertitude d’aboutir après avoir subi tous les atermoiements. Non sans honnêteté, Newsweek rappelle que, du temps de leurs mandats respectifs, Bush père et Clinton n’étaient pas intervenus, le premier contre les massacres en Irak, le second contre le génocide au Rwanda. Prophètes mal inspirés du libéralisme international à géométrie variable, les Etats-Unis mettent du temps à accomplir leur déclin. Confusément, on perçoit que la Syrie ne sera pas leur ultime échec. D’aucuns verront alors, à l’aune de la politique intérieure, la légalisation progressive du cannabis depuis le Colorado et Washington comme un signe de décadence. Pourtant, cette tendance pourrait s’affirmer porteuse de bonnes nouvelles, au détriment d’une hypocrisie qui a fait le jeu des réseaux mafieux. Car le contrôle accru des autorités officielles sur le marché se traduit en principe par un recul de la criminalité dans le secteur concerné. Qui envisagerait sérieusement, aujourd’hui, de rétablir la prohibition de l’alcool, alors que ce dernier, selon les doses consommées, produit parfois plus de dégâts que certaines drogues? La lutte contre la criminalité se déplacera sur d’autres terrains, et avec elle la corruption et les bavures. La santé publique repose sur des conditions complexes qui correspondent à tout un contexte civilisationnel requérant l’encadrement, la vigilance et la responsabilité des citoyens et des professionnels. On prendra d’autant mieux la mesure de problèmes intrinsèquement plus dramatiques, intrinsèquement car provoqués non tant par une série de défaillances du système que par des fautes identifiées, à l’instar de leurs auteurs conscients et déterminés. Point d’interrogation, en date du 20 septembre 2013, sur les intentions des deux policiers français qui n’auraient lancé aucune alerte alors que deux jeunes trouvaient la mort dans un transformateur électrique, ce qui déchaîna les émeutes de Clichy-sous-Bois en 2005. Le fait que lesdits policiers aient été renvoyés en correctionnelle par décision de cour d’appel montre qu’il y a peut-être encore une justice, cette même justice traînante qui, en Grèce, se décide enfin à sévir contre Aube Dorée. Sources: Courrier International n°1194 du 19 au 25 septembre 2013, pages 27-28; n°1195 du 26 septembre au 2 octobre 2013, pages 35-36; n°1196 du 3 au 9 octobre 2013, pages 7 et 23.

D. H. T.

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29/09/2013

La conquête spatiale ne sert à rien

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 15:17

Le chaînon manquant par excellence entre la conquête spatiale et sa dimension politique, ce sont les motivations à l’origine du projet. Par celles-ci vient la compréhension et des formidables moyens déployés sur le long terme pour mener à bien cette folle entreprise, et de toute la vanité dont ils s’imprègnent. Dans les années 1960, Kennedy n’y croyait pas lui-même. Mais comme les Russes voulaient envoyer des hommes dans l’espace, il se vit obligé de rentrer lui aussi dans la course, avec le programme Apollo, pour ne pas perdre la face du monde. Depuis lors, la surenchère compétitive entre Etats continue, davantage freinée par le coût exorbitant des voyages extraterrestres que par un raisonnable renoncement, la Chine du président Hu Jintao venant renforcer le peloton de tête aux côtés de la Russie et des Etats-Unis. Les Américains, pourtant en perte de vitesse, se rêvent toujours pionniers. Poutine, lui, pense à la fierté de sa nation. Les grandes puissance émergentes, comme à leur habitude, suivent le mouvement initié par les deux protagonistes précédents. Comme d’autres chercheurs, Isabelle Sourbès-Verger du CNRS reconnaît volontiers la désuétude des missions spatiales habitées face à l’engouement suscité par les nanotechnologies. Seuls les militaires trouvent encore un intérêt concret, lié à la maîtrise stratégique et technique du nucléaire, dans l’occupation du ciel par les hommes. Il est vrai aussi que, sur le plan de l’information et du guidage notamment, les satellites offrent des applications dont le grand public se sert tous les jours. Mais ces technologies spécifiques ne nécessitent pas d’envoyer des missions sur d’autres planètes. Pas besoin de citer Mars, la seule perspective d’un retour sur la Lune se chiffrant déjà en dizaines de milliards de dollars. En fait, via sa suprématie dans l’espace, l’hyperpuissance atlantiste se convainc encore de préserver du même coup sa suprématie sur Terre. Vue du ciel, la planète bleue reste une cible de choix, surtout les territoires hostiles, au prix d’un investissement annuel de 25 milliards de dollars. Ce qui demeure plus difficile à chiffrer, c’est l’apport de cette persistance à l’économie. Certes les satellites paient, mais pas l’utopie d’une vie martienne, qui aveugle pourtant jusqu’aux Japonais ou aux Européens. Des modules se posent sur Titan. Et alors? Au ras du sol terrestre, la misère humaine continue de proliférer. Le délire expansionniste a toujours ignoré le sens des vraies priorités. Sources: Science & Vie Hors Série n°264, septembre 2013, pages 104-111.

D. H. T.

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18/09/2013

De Venezuela en Transdniestrie

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 01:28

En assumant l’inconfort d’une optique réaliste, on se rend vite compte que, pour faire valoir une volte-face protectionniste dans le monde actuel, il faut peser de tout son poids sur l’échiquier international. Ce n’est pas pour rien que les Etats-Unis, pionniers de l’export mondial, se situent aussi à la pointe du protectionnisme, avec pour horizon idéal, idéal de leur seul point de vue, la posture du marchand royal qui vend tout aux autres sans jamais rien leur acheter. Ainsi déchantent les pro-Chavez les plus lucides. Les autres, induits en erreur jusqu’au point de non-retour, continueront d’applaudir leur idole au-delà de la mort, sans même jamais avoir envisagé l’hypothèse machiavélique selon laquelle un meneur de foules, dans certains cas, ne tient tête à l’élite financière que pour asseoir sa propre réputation et non pour servir les intérêts du peuple qu’il prétend défendre, signes visibles d’une guerre en trompe-l’œil pourtant vieille comme le monde. Dans un premier temps, le Latin au sang chaud nationalise l’agriculture de son pays. Dans un deuxième temps, il rend l’âme, paix à lui. Dans un troisième temps, le même pays, confronté aux pénuries liées à la baisse de production, importe plus que jamais le riz et d’autres denrées de son ennemi juré, l’impérialisme américain. A qui profite alors la politique socialiste? Certes pas aux paysans vénézuéliens, mais à Steve Orlicek, un riziculteur de l’Arkansas qui, compassionnel au demeurant, plaint ses homologues malchanceux. Simultanément et sans rapport direct, à plus de neuf mille six-cents kilomètres de distance, la région sécessionniste située à l’est de la Moldavie menace, au nom du soviet suprême, de durcir ses frontières, sur quoi Chisinau rend à Tiraspol sa politesse, avec un arrière-goût de rideau de fer. Le premier camp, aux limites non reconnues par la communauté internationale, pourrait voir remis en cause son partenariat commercial privilégié avec la Roumanie, à mesure que le second camp, officiel, progresse dans ses accords avec la Communauté Européenne. Quel point commun y a-t-il entre ces deux situations géographiquement éloignées? L’une représente l’avenir de l’autre, un avenir probable autant qu’incertain, comme une erreur qui se vérifie toujours, sentiment ambigu d’un effort louable mais sans débouché, de Venezuela en Transdniestrie comme de Charybde en Scylla. Sources: Courrier International n°1193 du 12 au 18 septembre 2013, pages 30 et 40-41.

D. H. T.

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06/09/2013

Berlusconi, symbole du chantage politique

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 21:27

Au-delà du cas Silvio Berlusconi, de l’anomalie politique à la pointe d’un climat de déréliction généralisée, vainqueur à tous les championnats de l’affairisme et de la longévité indigeste, le Cavaliere pourrait devenir aussi, à lui seul, le symbole d’une époque de chantage politique. L’ancien président du Conseil, condamné pour fraude fiscale, demande sa relaxe sous peine de retirer son parti de la coalition gouvernementale, ce qui aurait pour effet de fragiliser une Italie déjà éprouvée dans son incertitude politique et économique, de la reléguer à la marge de l’Union Européenne ou, à terme, de l’en exclure. Voilà certes la manifestation d’une mentalité mafieuse, dans le dessein de rendre un mal indispensable en agitant la crainte de voir surgir un mal encore plus grand. Mais si la résignation pouvait jouer en faveur d’une telle résistance aux attaques de la justice, la lucidité du peuple face à l’enracinement des pratiques contraires à l’Etat de droit ne fournirait pas la seule explication de cette issue. Tout d’abord, le coupable désigné ne dispose, selon toute probabilité raisonnable, que d’une espérance de vie inférieure à la durée de sa carrière politique considérée dans sa globalité. Ensuite, il ne purgerait qu’une peine de prison onirique, temporairement assigné à résidence dans l’une de ses propriétés luxueuses. Enfin, à quoi bon s’acharner tardivement sur lui depuis le temps qu’il sévit, alors que, au fond, ses adversaires politiques, bien que plus discrets et plus raisonnables en apparence pour une partie d’entre eux, ne valent pas mieux que lui? Quand il sera mort, les plus réfractaires réaliseront, à l’évidence, toute l’ampleur de leurs problèmes persistants malgré la perte de cet ennemi haut en couleur. Le plus triste, c’est que la disparition éventuelle d’un Berlusconi ou de tout autre oligarque de son acabit ne résoudrait rien, si l’on ne réformait pas tout le système politique pour tuer dans l’œuf la résurgence de cette figure abusive et scandaleuse qui, en vertu des propriétés recréatrices de l’Histoire, ne se résume jamais à une personnalité donnée, aussi grand soit son pouvoir de nuisance. Le symbole va encore plus loin. Le sens tragique, à l’horizon des prochaines décennies de ce siècle, incite l’opinion soit à prendre position de manière tranchée entre tel ou tel parti pour un gain dérisoire, soit à laisser faire, de guerre lasse. Dans un cas comme dans l’autre, la mafia gagne toujours. C’est cela, le chantage. Sources: Courrier International n°1192 du 5 au 11 septembre 2013, pages 16-17.

D. H. T.

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02/09/2013

D’une Arabie à l’autre, aux frontières de l’ingérence

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 15:33

On a vu un Obama hésitant face à la question syrienne, et un Hollande plus entreprenant que de raison sur ce même dossier. Cet étrange renversement de situation, étrange car d’habitude, dans le contexte de l’après-Guerre Froide, ce sont les Etats-Unis et non la France qui reçoivent le reproche d’avoir la gâchette facile, ce renversement donc s’explique par les mécanismes propres à la surenchère conjoncturelle. Le président américain fait face à une opinion publique d’autant plus lasse des affrontements extérieurs que la situation intérieure se dégrade. Le chef d’Etat français, lui, se voit toujours pris dans l’élan qui l’avait poussé à envoyer des soldats au Mali, aussi, dans son raisonnement, aurait-il éprouvé un certain embarras à s’engager dans ce sens s’il n’avait pas, consécutivement, décidé aussi de voler au secours des populations civiles en Syrie, présentées comme victimes du régime de Bachar El-Assad. Non que la Maison-Blanche aille pour autant redoubler de zèle dans le redressement de la situation économique de son propre pays, pas plus que l’Elysée n’avait bonne presse s’agissant de politique pour l’emploi. Mais les leaders occidentaux tiennent à soigner leur image, peu importe la décision prise en fonction de l’impératif communicationnel du moment. Pendant ce temps, à Tel-Aviv, on ne manque pas de rappeler la barbarie caractérisant, du point de vue israélien, les voisins de l’Etat hébreux. Netanyahou apparaîtrait moins méprisable par comparaison avec une guerre civile qui aurait fait plus de victimes qu’en cent ans de conflit entre Juifs et Palestiniens. Même une partie des commentateurs arabes fustige les dictatures tenaces du Moyen-Orient, au Caire comme à Damas. Et les analystes qui, dans la lignée du président libanais Michel Sleimane, expliquent tous les malheurs de cette région du monde par les seuls colons d’Israël, voient leur pouvoir de conviction s’effriter. Outre la violence de toute façon condamnable, d’où quelle vienne, le fait qu’un consensus global peine à émerger ne constitue pas, en soi, un motif rédhibitoire. Paradoxalement, il démontre que le monde arabe n’a pas toujours besoin d’un apport étranger, ami ou ennemi, pour alimenter le débat, à l’instar des femmes Sahraouies militant, au Maroc, pour l’indépendance du Sahara-Occidental. Seul un hyper-Etat mondial, légal et officiel, règlerait une bonne fois pour toutes la question épineuse de l’ingérence. Sources: Courrier International n°1191 du 29 août au 4 septembre 2013, pages 16-21.

D. H. T.

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25/08/2013

La lente agonie amérindienne

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 18:52

Le quotidien sordide des Indiens d’Amérique se résume désormais à des mobile-homes défectueux ou mal équipés contre les rigueurs de l’hiver, logements insalubres où cohabitent handicapés, personnes âgées, enfants en bas âge et travailleurs aux faibles revenus. S’ensuivent problèmes de santé persistants, sous-éducation, chômage, violence, phénomènes de gangs, drogue et alcoolisme, contre lesquels la police en sous-effectif ne peut pratiquement rien alors que, autre fait absurde, les employés administratifs du gouvernement sont légion sur les territoires indiens, où ils ne servent à rien sinon à empêcher le développement du secteur privé au profit des populations. Les coupes budgétaires assénées par le gouvernement fédéral touchent la plupart des tribus, à l’exception rare des familles possédant un casino. Les pertes à l’échelle d’une communauté se chiffrent en millions de dollars. En assujettissant les peuples concernés à l’obligation du sequester, qui a vu Obama s’engager sur la voie de l’amputation du budget national à hauteur de dizaines de milliards de dollars dans un premier temps, le pouvoir central oublie sa dette, pourtant établie juridiquement, envers les nations ayant fait l’objet d’un traité leur garantissant une aide de l’Etat, un Etat qui ne tient pas ses promesses. Les Etats-Unis se sont construits sur un génocide. Loin de vouloir réparer cette faute historique, ils persistent sur la voie du massacre, non plus par la brutalité physique, les viols et les exactions comme ce fut le cas par le passé, mais par des moyens plus hypocrites, ceux de la modernité, consistant à couper les vivres des plus indigents, dont la pauvreté découle d’une longue série d’injustices inhérentes à toute entreprise coloniale. Les tartuffes européens, habitués à faire semblant de critiquer leur allié tout en s’alignant sur ses stratégies, rejetteront toute la responsabilité de cette extinction culturelle sur les méchants Américains, oubliant que les Américains de type caucasien sont avant tout des Européens dont les hauts faits d’armes ont consisté à traverser l’Atlantique pour répandre le sang sur un continent qu’ils se sont approprié indûment, à grand renfort de traite négrière, esclavagisme sans lequel l’Occident n’aurait jamais pu entrer dans l’ère du soi disant progrès industriel. Même certains ethnologues, l’esprit gangréné par le racisme dominant, nient l’identité ethnique des peuples minoritaires pour célébrer le culte planétaire de l’homme blanc. Sources: Courrier International n°1190 du 22 au 28 août 2013, pages 16-17.

D. H. T.

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16/08/2013

Hélas les arbres s’en vont, hélas les humains restent

Classé dans : Actualité — D. H. T. @ 21:51

Trois biologistes, William Laurance, David Lindenmayer et Jerry Franklin, ont de bonnes raisons de penser que les grands arbres vont sans doute disparaître. Adieu eucalyptus Centurion d’Australie, adieu baobab africain, adieu séquoia californien. Menacés par la coupe, la sécheresse et la fragmentation, leurs territoires s’amenuisent de jour en jour. La faute aux activités humaines, industrielles ou agricoles intensives, causes du réchauffement climatique accentuant, avec la vulnérabilité accrue aux intempéries et aux lianes d’autant plus étouffantes que les forêts se réduisent, la mortalité des géants végétaux dont certains ont pourtant connu des bouleversements climatiques sur des centaines voire des milliers d’années. Même les savants les plus sceptiques face à un tel scénario macabre reconnaissent que les périodes de grande sécheresse peuvent, en quelques années, décimer des dizaines de millions d’individus, au premier rang desquels ces titans du règne vivant. Avec leur recul, c’est tout un pan de l’écosystème, individu en souffrance, qui disparaît aussi: champignons, insectes, plantes, oiseaux, mammifères. L’homme a déjà conduit à l’agonie grands oiseaux, éléphants et cétacés. Il n’est donc pas improbable que la liste s’étende, hélas, à d’autres formes de vie, aussi majestueuses et nécessaires soient-elles. L’homo urbanicus, dans son arrogance et sa stupidité proverbiales, pour ne rien dire de son autodéification nombriliste, se persuade encore de représenter, au sommet de la chaîne alimentaire, le summum de l’adaptation à l’environnement. Le mal qu’il fait à la nature montre au contraire qu’il n’y a pas d’espèce moins en phase avec les autres que celle du bipède incendiaire et pollueur. Là où tous les animaux, à son exception, ont su évoluer en harmonie avec leur habitat premier, le conquérant de la Terre, lui, a besoin de transformer le monde sous peine d’extinction précoce. Et à force de le transformer, il se prive de ressources. Passerait encore si sa ruine ne regardait que lui, mais il entraîne dans sa chute tout ce qu’il y a de beau et de bon sur cette planète. Voué à une haine grandissante à l’encontre de son prochain, il ne se contente même pas de sévir à l’extérieur. Son inadaptation à la diversité, diversité pourtant garante de l’équilibre, s’étend jusqu’à lui-même, nuisible à soi comme à toute chose. Aussi longtemps qu’il restera une vermine grouillante, la vie d’un arbre petit ou grand vaudra mieux que la sienne. Sources: Science & Vie n°1151, août 2013, pages 74-81.

D. H. T.

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